Il est certain que les attaques en aïkido s’éloignent fortement de celles auxquelles on pourrait être confronté au cours d’une bagarre dans l’arrière-salle enfumée d’un bar de nuit un peu louche… C’est parce que le dernier mot de l’aïkido n’est pas la recherche d’une efficacité martiale. Essayons de mieux comprendre cela.

Plusieurs situations de travail en aïkido sont des variations sur la saisie des poignets (katate dori, gyaku hanmi ouai hanmi ; ryote dori ; katate ryote dori alias morote dori ; ushiro ryote dori ; ushiro katate dori kubishime). Il peut être surprenant dans un premier temps de voir des pratiquants se livrer à de telles « attaques », dont la martialité n’est pas forcément évidente.

Il faut tout d’abord se souvenir que l’aïkido est un art martial japonais et que ces saisies trouvent leur origine dans le contexte bien précis du port d’une ou plusieurs lames à la ceinture. Saisir le poignet peut ainsi, d’une façon ou d’une autre, permettre d’empêcher son vis à vis d’utiliser ces lames. Par ailleurs, la saisie n’est certainement que le premier temps d’une attaque complexe, comprenant une frappe.

Il faut surtout bien comprendre que la réalisation de ces saisies n’a plus, dans le cadre de l’aïkido, de valeur directement guerrière. En d’autres termes : si ces saisies n’ont pas l’air d’être des attaques… c’est qu’elles n’en sont pas ! Elles permettent, en contact avec le partenaire, un véritable travail de sensation, de construction des mouvements, qu’il est bien plus difficile, par exemple, de réaliser face à des attaques frappées.

C’est également ce qui explique que le pratiquant, après la saisie, prenne parfois quelques secondes avant de réagir, ce qui manquerait certainement de sens dans le contexte d’un combat. Loin d’être immobile, passif, il est dans un état d’observation et de correction de son schéma corporel, de son placement. Cet aspect du travail doit néanmoins progressivement s’effacer pour laisser place à un travail « dans le temps » de la saisie.

La question de la martialité des attaques de type « saisie » n’est donc jamais primordiale.